Histoire d’une œuvre : Pur-sang - Episode 1/6
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Pour inaugurer ce blog, je vous propose, au travers de plusieurs articles, une plongée dans mon processus de création, en prenant comme exemple Pur-sang, une sculpture monumentale représentant l’avant-train d’un pur-sang arabe au galop, à échelle 1:1. Ce projet, né d’une commande, illustre parfaitement la collaboration entre ma liberté créative d’artiste et la vision de mon client.
1. Genèse de Pur-sang : quand l’art rencontre la passion équestre
1.1. La rencontre et le cahier des charges
Comme souvent, tout commence par une rencontre avec des passionnés, à la fois par les chevaux et par la sculpture, que je suis allé rencontrer chez eux. Leur demande était assez précise : Une sculpture monumentale en bronze de l’avant d’un pur-sang arabe, dynamique, et fidèle à l’élégance de cette race de cheval. La sculpture devait sembler jaillir du sous-bois qui borde leur propriété et être parfaitement mise en valeur depuis différents points de vue bien définis.
Quand on réalise une œuvre sur commande, il est fondamental de prendre en compte le contexte, l’environnement de celle-ci. Je me suis donc immergé dans cet espace, afin de pouvoir me projeter ensuite dans la création.
A part ces demandes, mes clients m’ont laissé une grande marge de manœuvre pour mon interprétation artistique.
1.2. La maquette : outil d’échange et de validation
Dès le début du projet, j’ai opté pour la réalisation d’une maquette préparatoire à l’échelle 1/4. Cela s’est révélé indispensable afin de :
Valider rapidement les proportions et l’équilibre général des masses de la sculpture.
Affiner les détails anatomiques qui donneront de la vie à la sculpture (musculature, position des membres, expression de la tête).
Tester les angles de vue et l’impact visuel selon différents points de perspective.
Rechercher la dynamique de la pose : le modelage a été réalisé en plastiline sur une armature en aluminium, ce qui a permis d’explorer facilement de nombreuses configurations de mouvement, en ajustant l’inclinaison du corps, la tension des muscles et la position des pattes pour trouver l’équilibre parfait entre réalisme et esthétique.
1.3. L’étude du mouvement
Pour restituer le galop avec justesse, j’ai analysé de nombreuses références photographiques et vidéos. Cette étude m’a permis de constater que toutes les phases du galop ne se valent pas sur le plan esthétique. Certaines positions, bien que techniquement exactes, présentaient des lignes brisées ou des déséquilibres visuels. Mon choix s’est donc porté sur une pose « presque » suspendue (phase de suspension du galop), où l’on peut voir que :
Les membres antérieurs sont tendus vers l’avant, créant une ligne fluide et dynamique.
Un sabot touche le sol, pour donner l’impression que l’on a deux étapes d’un même mouvement, ce qui amplifie la sensation de mouvement (je reviendrai sur cette méthode pour créer du mouvement théorisée par Rodin dans un prochain article).
La tête et l’encolure, également tendus, prolongent naturellement le mouvement, renforçant l’impression de vitesse et de grâce.
En quelques jours, j’ai réalisé la maquette en plastiline dans cet esprit.

1.4. Validation client et finalisation du devis
Une fois la maquette achevée, j’ai convié mes clients dans mon atelier pour validation. Leur enthousiasme a été immédiat et a permis de finaliser le devis pour le bronze monumental, en collaboration avec la fonderie d’art Avangini. Ce devis intégrait :
Le modelage à l’échelle 1:1 en argile,
Le moulage en élastomère,
La fabrication du bronze à la cire perdue,
L’installation de la sculpture monumentale sur site.
Cette étape a marqué l’obtention de la commande définitive et le passage à la phase de réalisation.
1.5. Conception de la structure porteuse en acier
Après validation de la maquette et confirmation de la commande, une phase d’ingénierie a suivi, afin de concevoir et réaliser la structure en acier destinée à supporter les 180 kg de terre nécessaires au modelage. La méthodologie que j’ai adoptée a été la suivante :
Une étape de conception 2D : à partir d’une photo de la maquette à l’échelle 1/4, j’ai dessiné l’armature en 2D sur la photo. Un quadrillage à l’échelle a ensuite été superposé sur cette photo.

Une mise à l’échelle 1:1 : j’ai ensuite redessiné le quadrillage, puis l’armature, à l’échelle 1:1 en 2D.
La fabrication : ce dessin m’a servi de gabarit pour découper et souder les éléments de l’ossature porteuse, composée de différentes poutrelles en acier (80x80 mm) et de fers à béton.

Enfin, une base en plaque d’acier de 10 mm d’épaisseur et un système de roulettes ont é té intégrés pour permettre un déplacement aisé de l’œuvre en cours de réalisation dans l’atelier.

Rendez vous la semaine prochaine pour l’étape suivante : Modelage de Pur-sang : la construction des volumes en argile
Commentaires